Lundi 14 mai 2007 1 14 /05 /Mai /2007 22:18

Créé ce soir, un peu à l'arrache mais il est là ... :o) :

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Lundi 14 mai 2007 1 14 /05 /Mai /2007 08:07

Voilà maintenant une semaine que Nicolas Sarkozy a été élu.

Je pense qu'il est temps d'arrêter ce blog car il avait essentiellement vocation à être un blog militant, un blog de soutien pour une campagne présidentielle. "Pour Ségolène Royal et le parti socialiste" : le titre avait alors un sens. Aujourd'hui, le contexte a changé. Et si Ségolène Royal appelle à désigner très rapidement un candidat ou une candidate pour 2012, les socialistes (dont moi !) n'en sont pas encore là. D'autres "luttes" doivent avoir lieu avant. Au nom des valeurs de gauche qui sont des valeurs de solidarité que la droite n'aura jamais - quelque soit son discours démagogique et populiste.

Bien sûr, reste les législatives. Peut-être l'annonce des différents ministères et des premières mesures en fera réagir quelques uns. Je pense à la fusion de la santé et du sport par exemple - qu'est-ce que cette fusion véhicule ? (Après le travail c'est la santé, va-t-on avoir le sport c'est la santé ?) Et encore, celle de l'éducation nationale et de la culture.

Cette semaine j'ai mis un nouveau lien vers un nouveau blog : le blog "Sarko vigileant" tenue par une sarko-vigilante. De quoi faire en effet, au moins pour les 5 années à venir. J'aime bien le terme, "vigilance". Cette semaine a été le théâtre de tant de conversations racistes, nul n'est dupe. Les gens se "lâchent" à présent.

Il est plus que probable que j'ouvre moi-même un autre blog d'ici quelques jours (voire quelques heures ?), réorienté, réajusté. Je noterai le lien ici. (De toute façon tout le monde a eu des problèmes pour poster des commentaires avec cet hébergeur... mieux vaut changer).

Merci à mes quelques lecteurs et lectrices. A bientôt.

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Vendredi 11 mai 2007 5 11 /05 /Mai /2007 21:22

Voici ci-dessous un article paru ce jour dans Le Monde, émanant de Frédérique Mattonti, Professeure de science politique à L'université de Paris-I.

En 2005, aux PUF, elle avait proposé avec Delphine Dulong un article intitulé : "L'indépassable 'féminité' - La mise en récit des femmes en campagne"* qui analysait les discours de presse sur les élections municipales de 2001. Un article alors on ne peut plus instructif ! Quel est son regard aujourd'hui sur la question ? (tout au moins ce qu'elle en a livré au Monde)...

Voici l'article : "

"Les femmes ont encore du mal à accéder aux positions politiques prestigieuses" 

 LE MONDE | 11.05.07 | 16h32  •  Mis à jour le 11.05.07 | 16h32

La présence de Ségolène Royal au second tour de l'élection présidentielle est-elle le signe qu'en politique, le temps des femmes est venu ?

En apparence, la candidature de Ségolène Royal montre que le fameux "plafond de verre" qui empêche les femmes d'accéder aux responsabilités dans le monde politique est brisé.

En effet, si son parcours a été possible, c'est entre autres grâce au discours qui a entouré la loi sur la parité, votée en 2000 à l'initiative du gouvernement de Lionel Jospin. A l'époque, ses défenseurs affirmaient que les femmes, par leurs qualités supposées "naturelles", étaient plus concrètes que les hommes, plus proches des électeurs, plus soucieuses des problèmes quotidiens, moins préoccupées par l'ambition et la compétition. Pour réenchanter la politique, renouveler le visage des élus et lutter contre la supposée crise de la représentation, il fallait donc que les femmes arrivent au pouvoir.

La féminisation des conseils régionaux et des conseils municipaux dans les villes de plus de 3 500 habitants a fait bouger nos représentations - ces lieux ne paraissent plus "naturellement" réservés aux hommes.

Pourtant, le monde politique reste très en retard sur les évolutions de la société : les femmes ont, encore aujourd'hui, beaucoup de mal à accéder aux positions politiques prestigieuses comme la députation ou les présidences de groupes et elles sont peu nombreuses dans les instances décisionnelles des partis. Il suffit de regarder les investitures aux législatives pour voir que les hommes politiques continuent à résister à la parité, ne serait-ce que parce que pour faire entrer une femme, il faut faire sortir un homme qui était en place avant la loi.

Estimez-vous que Ségolène Royal a été victime d'attaques sexistes ?

Dès le début des primaires socialistes, à droite comme à gauche et ensuite pendant la campagne, elle a été visée par des attaques ouvertement machistes : le "Qui va garder les enfants ?" de Laurent Fabius, les déclarations sur ses "mensurations" de Martine Aubry ou les propos sur ses "jupes" de Michèle Alliot-Marie.

Dans la presse, il n'y a pas eu, au début de la campagne, de sexisme à proprement parler mais Ségolène Royal a souvent été mise en scène d'une manière particulière. Au moment des municipales de 2001, j'avais fait avec une autre chercheuse, Delphine Dulong, des comptages très stricts qui montraient que les femmes sont plus souvent appelées par leur prénom que les hommes, que l'on parle systématiquement de leurs vêtements ou de leur coiffure et que la presse fait plus souvent référence à leur père, leur compagnon ou leurs enfants. On les enferme donc dans les rôles traditionnellement "féminins". Cela a évidemment été le cas pour Ségolène Royal, même si cette image a été en partie construite par la candidate elle-même.

La campagne a ensuite été marquée par des attaques sur sa compétence qui relèvent, elles, du sexisme le plus ordinaire. Les questions sur les sous-marins nucléaires ou les prétendues "gaffes" pendant ses voyages à l'étranger ont été méthodiquement relevées alors que les déclarations de Nicolas Sarkozy sur le passé de l'Allemagne ou ses promesses confuses sur la baisse des prélèvements obligatoires ne l'étaient pas. Sans doute parce que, dans nos imaginaires travaillés par des siècles de domination masculine, une femme ne peut pas être vraiment "compétente" dans les domaines régaliens que sont les finances, la politique étrangère ou l'armée. Les femmes restent associées à la "main gauche" de l'Etat, la main dépensière de l'éducation, du social et de la famille.

Y a-t-il une singularité française dans cette résistance à la parité politique ?

Il y a une réelle singularité française : avant la loi sur la parité, la France comptait parmi les lanternes rouges de l'Europe du point de vue de la représentation des femmes dans la vie politique.

La chercheuse Catherine Achin a ainsi montré qu'en Allemagne, l'ordre social est nettement plus conservateur - les femmes travaillent beaucoup moins, par exemple - mais que les assemblées politiques y sont plus féminisées.

En France, la société est plus ouverte aux femmes, mais l'ordre politique demeure fermé aux mouvements de la société. C'est un univers qui reste très peu renouvelé par les voies associatives et de moins en moins par les voies syndicales. Dans les années 1970, les féministes françaises avaient choisi de militer dans des associations, au coeur même de la société, plutôt que d'investir la sphère politique, comme le faisaient les féministes canadiennes ou allemandes, par exemple.

Propos recueillis par Anne Chemin 

Article paru dans l'édition du 12.05.07."

* (article paru dans "Mobilisation électorale - le cas des élection municipales de 2001", sous la direction de J. Lagroye, P. Lehingue, F. Sawicki, PUF, 2005).

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Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /Mai /2007 21:47

Dans le bus n°22 en allant la à la fac tout à l'heure, il y avait beaucoup de monde. J'ai pu trouver une place tout à l'arrière, je m'y suis glissée.

A côté de moi, debout, un couple était enlacé ou plutôt il s'enlaçait et se désenlaçait pour recommencer à nouveau. Deux jeunes gens, ils semblaient plutôt pas mal amoureux l'un de l'autre ou en tout cas "accros".

Ils étaient habillés simplement. Elle portait un jean bleu et un haut noir, lui était tout en blanc. Ils couinaient comme des amoureux un peu bêtes. Ils parlaient aussi. Ils parlaient presque comme s'ils étaient seuls au monde, mais pas tout à fait, se quittant peu des yeux, mais se quittant des yeux parfois quand même.

Elle lui disait : "Alors je me suis renseignée. Tu peux aller en Belgique. Tu peux être domicilié là-bas et même travailler là-bas. C'est plus simple en Belgique. On ira en Belgique". Lui, il répondait mais je ne comprenais pas trop, il répondait brièvement, il répondait à mi-voix, et tout ce qu'il semblait lui dire semblait lui dire "Je t'aime aussi".

La fille disait : "Tu ne peux pas rester ici", il l'embrassait juste pour l'effleurer et la faire rire. Elle disait : "D'abord il faut que tu ailles à Paris. Et puis de Paris, tu vas en Belgique. Moi je quitte ma mère, je prends mes affaires et je te rejoins." Une histoire de beau-frère qui allait les aider. "Tu sais, je crois que tu peux même te faire pistonner pour rentrer dans une agence immobilière." Le bus freinait, ils tombaient l'un dans l'autre, à quatre bras.

Un moment il a dit : "Tu as cours demain ?" Elle a répondu "Non" et qu'il aurait pu ranger son appartement avant de partir quand même. Trop de désordre. Elle lui parlait, elle était presque toute dans l'avenir. Lui était là tout entier.

"Tu sais maintenant, ils ne vont sûrement pas te renouveler tes papiers. Tu vas tout perdre si tu restes là." "Oui", disait-il. "Les gens sans formation, sans boulot, sans diplôme, ils ne vont pas les garder.", "Oui", disait-il. "Tu vas tout perdre si tu ne fais rien et si tu restes là, tu n'auras plus d'aide, rien". "Oui", disait-il. "Maintenant avec Sarko, si tu n'as pas de diplôme et beaucoup d'argent, tu ne pourras pas rester, en Belgique c'est plus simple". Il a demandé : "Il faut juste avoir un boulot et un domicile ?", elle a répondu "oui".

Je regardais son tee-shirt blanc et son haut noir à elle. Je me demandais à quel moment il descendrait. Je me demandais s'ils ne sortiraient pas ensemble du bus et lequel partirait en premier, lequel resterait. Je regardais les gens autour, voir si quelqu'un d'autre que moi leur prêtait attention. Je gardais la tête en arrière, collée à la paroi du bus, avec un vrai-faux air somnolent.

"Bon ça va aller", a-t-elle dit quelques fois. "Oui" a-t-il toujours ajouté. "Tu sais comment ça va être maintenant pour l'ANPE ? Ils te proposeront un ou deux boulots et tu ne pourras pas refuser. Par exemple, je prends un exemple : ils vont te dire 'voilà là il y a une place de serveur' et tu refuses, après ils vont te dire 'bon voilà là il y a une place d'éboueur' et tu refuses, ben tu n'as plus le droit." Elle disait : "Tu perds tout. Mais toi tu vaux mieux que ça quand même, tu ne vas pas être toute ta vie serveur ou éboueur, bébé ! Tu vaux mieux que ça. Tu vois ? Faut pas rester, faut partir d'ici, faut bouger".

Ils sont descendus tous les deux au niveau du rond-point de Magnan, à l'arrêt du leader price. Lui est passé en premier, elle l'a suivi. Je n'ai pas pu les voir dans la rue derrière la vitre, car il y avait du monde dans le bus, descendant, montant par l'arrière, et du monde encore à l'arrêt.

Bien sûr, il était noir, africain. Il était très beau. Ils étaient très beaux tous les deux s'enlaçant et se désenlaçant sans cesse pour recommencer. Avant de sortir, lui parlait de la manière dont nous les européens nous faisons la bise en nous rencontrant, en nous saluant. Il disait qu'on ne fait pas vraiment une bise, qu'on s'effleure juste les joues, qu'on fait semblant. Ils se montraient l'un l'autre comment il fallait faire. Prétextes et prétextes à s'embrasser. A la fin, elle a dit : "Moi quand je te rencontre, je t'embrasse comme ça". Elle a posé vite ses lèvres sur les siennes, j'ai gardé cette image là.

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Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /Mai /2007 20:25

A la terrasse d'un café, je me suis trouvée ce matin. Beau temps pour un jour férié.

Charmante terrasse, charmant bar, il faisait un peu frais à l'ombre, mais pas trop - La Turbie, café près du parking, près du panorama, presque midi. Avec mon ami nous commentions les résultats des élections, journaux plus ou moins en mains devant des tasses vides de chocolat et café, il n'y avait presque personne à la terrasse.

Puis un groupe d'homme est arrivé, ils se sont installés, leur table était très proche de la nôtre. Ce sont des hommes de "village" ou en tout cas apparemment d'ici. Un des hommes avait à ses pieds une sorte de bouledogue attaché puis détaché. La plupart était plutôt âgés, sauf deux hommes d'environ 30-35 ans.

Nous ne parlions pas fort. Eux oui. Ils parlaient fort, commentant ouvertement "l'actualité". Mon attention a commencé à être attirée lorsqu’ils se sont mis à parler de la justice - pour eux insuffisamment juste. Ils ont des accents d'hommes d'ici. Les deux serveuses du café sont pour l'une anglaise (avec un fort accent), pour l'autre italienne (avec un fort accent aussi). Les hommes parlent. Et quand ils parlent, ils en viennent à évoquer notre nouveau président, Nicolas Sarkozy, qui n'aura "que cinq ans" et qui "ne pourra sûrement pas tout faire, c'est sûr". Mais "il va t'arranger les choses celui-là, tu vas voir". A quel propos ? Délinquance, multirécidivisme, etc. 

Puis c'est le mot d'"étranger" qui est lâché, qui vient et remonte à leurs bouches, un mot au pluriel. "Les étrangers". En effet voilà un grand et manifeste thème d'"actualité".

L'un commence à dire que Sarkozy va enfin "nous en débarrasser". Il dit : "Tu les vois tous ces arabes et ces nègres ?". "On va faire du propre, tous chez eux". Les autres donnent leur assentiment par des gestes et des « hum ». Un autre : "Les négros ! dehors !". C'était comme si ces hommes riaient. Ils avaient quelque chose de la partie de carte de César, avec la voix bien posée, avec le ventre bien posé aussi, bien en avant. Mais ils ne plaisantaient pas pourtant, ils étaient manifestement contents. Ceux qui parlaient le plus se trouvaient face à moi, je pouvais observer leur visage, et tous deux avaient quelque chose du visage de mon grand-père. Un quelque chose : la même transpiration dans la voix, la même peau de cuir, la même peau halée et marquée, peut-être de semblables haines.

Puis ils ont parlé des logements. Que les gens allaient pouvoir se loger enfin - une fois qu'on aurait "nettoyé le pays". Les autres disaient des mots comme ça, sans phrases "ces arabes", "arabes", "tous les arabes", insistant sur certaines consonnent. Des mots crachés.

Les plus jeunes me présentaient leur dos et ils me faisaient honte, parce qu'ils étaient jeunes et parce que même s'ils restaient dans un relatif silence, tout leur corps semblait dire "oui" constamment, "oui vous avez raison", et tout leur corps semblaient dire "nous" aux autres, faire des additions.

Que faire, que dire ? Des mots si abjectes et violents, ça brûle, on se voit plongé dans une sorte d'incrédulité, état d'hébétude, capables de réveiller nos propres violences. Parce qu’on n'y croit pas, parce qu’on ne peut pas y croire, on attend la suite, la suite de la scène comme au théâtre, au théâtre des horreurs qu'un pays semble à présent en mesure de mettre en place.

L'homme au chien gardait sa voix forte. Il a dit : "Et tous ces noirs qui viennent par bateaux ? Pourquoi ils les laissent venir ? Pourquoi ils ne leur tirent pas dessus et ensuite ils les laissent se noyer dans la mer ?", "les nègres des bateaux" a dit l'autre. Les serveuses anglaise et italienne passaient, elles allaient, venaient, elles avaient des sourires de serveuses. Mais la serveuse anglaise était particulièrement prévenante et gentille, elle avait un haut très coloré, et la serveuse italienne a ensuite compté notre addition en italien (quatro...cinque...sei...). Elle comptait vite mais tout haut.

L'homme au chien a répété et ajouté : "Pourquoi ils ne les noient pas, à distance ? Ils leur tirent dessus : ta ta ta !!!" Son corps venait de faire une mitraillette, avec le recul du tir. Il a dit : "Pourquoi ils ne le font pas ? Qu'ils me le laissent faire à moi, moi je prends une mitraillette et hop : ta ta ta !!! Tous dans la mer, c'est vite fait". Il a dit, ils ont dit "tous ces gens là, tous ces estrangers !"

"Estrangers".

Se lever d'un coup et leur casser la figure à tous au même instant et le chien avec. La violence appelant la violence. Avec Seb on rit fort, on dit fort entre nous que c'est très amusant de parler des étrangers en langue étrangère. Seb me demande pourquoi ils ne parlent pas français ces gens-là quand il parle des étrangers. Il dit que c'est certainement la langue locale. Je répète le mot d'estrangers en riant. Comme ça, plusieurs fois. Furtivement quelques coups d’œil glissent sur nous sans pour autant que cela semble compter ou faire sens et s'ils nous entendent. Ils continuent. On essaie d'attirer l'attention des plus jeunes qui se retournent, comme si avec eux tout ne serait pas perdu. On dit que ce n'est pas croyable. On ne dit pas grand-chose. Un poing sur la table. Puisqu'on ne va pas le frapper ni le lever, il reste serré. Les oiseaux chantent, on serait bien ici à la terrasse du café. On écoute une conversation d'hommes de village. Tout à l'heure on a entendu les restes portés par le vent d'une musique de cérémonie, une musique de médaille. La guerre ou plutôt la fin de la guerre.

Le groupe d'hommes reste là un moment, à profiter des oiseaux comme nous et comme tous, du service de la serveuse, du panorama non loin qui nous donnerait presque à voir la côte italienne. Ils sont en rond. Je ne sais pas s'ils regardent autre chose qu'eux même et que ce qu'ils disent. Le type au chien a des lunettes de soleil, il porte aussi un tee-shirt sur lequel est imprimé le mot "punk". Le chien est détaché. Une famille à l'accent très pointu s'est installée à côté de nous, un peu en retrait. Ils ont devant eux une demie douzaine d'"ice-tea".

Qand j'écris ce soir, je me demande si Nicolas Sarkozy décevra ces hommes ou non. Ceux-là et ceux qui leur ressemblent, et quelle sera la mesure de la déception, quelle sera la mesure du contentement. Tout ceci m'interroge. Le discours raciste n'était plus légitimé depuis un moment, mais maintenant ? Disons que non, tentons d'y croire et tentons aussi de croire que le très prochain ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale n'aura rien à voir avec une telle conversation de café made in La Turbie. Le malaise reste pourtant grand : quelque chose a été dit et véhiculé par les médias, quelque chose semble aussi avoir été compris par une grande part de la population.

Quand ces hommes partent, ils marchent tous droits. Ils n'ont pas honte. Moi j’ai honte. Ils ont parlé fort, personne ne leur a rien dit. Nous sommes en démocratie. Mais jusqu'où peut aller la démocratie ? Je pensais à ce blog, je pensais que j'écrirai cette conversation là.

Ce soir, écrivant, je pense qu'à la terrasse d'un café ce matin, après des cérémonies militaires et plantés entre des chants d'oiseaux, le vent dans les vieilles pierres et les herbes, du un village au ciel, et du ciel à la mer immense en contrebas, j'ai entendu parler de crime, j'ai entendu parler la haine d'hommes dans la plus sereine des quiétudes, dans la plus évidente des fiertés, j'ai entendu parler de violence, de rejet et d'éradication dans les termes les plus extrêmes. Echantillon.

Nous voilà deux jours suivant le second tour et l'élection. Cette élection ne reste pas sans effets.

Très tôt ce matin au lever, je regardais comme ça la terre et nos continents sur Google Earth. Je regardais la France, je regardais aussi cette fameuse zone de Ceuta et Mellila, je regardais certaines distances entre des terres par la mer, celles-ci comme celles qu'ont franchies en quelques années mes grands-parents et arrière-grands-parents, de la Sicile à la Tunisie, de la Tunisie à la France. Et la France. Zoomant et dé-zoomant ce matin sur la France, les quartiers, les rues, les régions, la capitale et les grandes villes, dans ces deux mouvements là, j'avais comme un vertige, ces terres d'en haut me faisaient penser à notre histoire, à nos villes, à toutes nos architectures. Et encore : au vivre ensemble, à la démocratie, à l'égalité - une égalité qui existe peu entre les individus, entre les quartiers, jusque même dans les considérations. Google Earth ou peut-être aussi un moyen de chercher à mieux voir, visualiser cash toutes ces voix possibles et accomplies, chercher à comprendre, accepter les règles du jeu.

A nouveau devant mon écran maintenant, mon vertige est plus grand. Car je pourrais entendre et voir, zoomant et dé-zoomant, toutes les conversations de terrasses et de comptoirs, de tables de cafés.

En France, des gens doivent parler depuis dimanche, ils ne se taisent pas ou plus, on leur a donné, offert des mots, des mots qu'ils peuvent dire et proférer - impunément, en toute légitimité ? Sans doute ces mots ne sont pas tout à fait - voire pas du tout - les mots du président, mais les mots qu'ils disent s'entendent bien. De quoi faire mal aux oreilles, ces voix, ces rires contents de ceux qui croient qu'ils seront bientôt - grâce au nouveau président Nicolas Sarkozy - "débarassés" de tous ces "estrangers".   

Par framboisepsnice - Publié dans : Toutes les catégories
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